Archives pour la catégorie Textes divers…

Soupçons…

aquarelle portraits le havre soluto

Aquarelle 16 x 24 cm

On sourit comme un saint
On ne bronche pas
Quand le vent souffle fort on s’aplatit, creuse le ventre, serre les fesses
On attend que ça passe
On ne se lève pas
Le moindre mouvement éveille l’attention du chasseur
On ne joue pas non plus au plus fin
Plutôt que museler on laisse parler, on rassure, on restaure
Fantasmes, ruminations minent, mentent
Les fragiles grimpent aux cocotiers, décrochent les fusils, tirent dans le tas
Plus modestement les dupés, les floués, les trompés se meurtrissent, s’asticotent, se tarabustent
Ils veulent se guérir du doute, rêvent de preuves, se ravagent
Puisqu’il faut qu’ils compliquent, qu’ils complotent, qu’ils tricotent ou qu’ils supputent
Puisqu’il importe qu’ils tiennent, qu’ils sachent, qu’ils mordent
Qu’on leur jette au museau une chanson d’été, rincée de sanglots, déminéralisée, lascive et irisée.
Mais surtout qu’on n’avoue rien

Puisqu’ils ne supportent pas la vérité, qu’on la leur épargne

La mémoire qui tient bon… Jeanne Moreau, Jeanne Amour …

aquarelle portraits Jeanne Moreau soluto

Jeanne Moreau Aquarelle 16 x 24 cm

 

Enfant, déjà lassé de Sylvie Vartan, effrayé par Sheila, tout affolé par les sautillantes Clodettes dont la plus noire d’entre elles me tourneboulait, je trouvais le repos en rêvant de Stéphane Audran que j’avais vu à la télé dans La Femme Infidèle. Plus tard j’aperçus dans les coulisses du Mystific la jolie Jeanne en tenue légère. Comme je lui trouvais un air de ressemblance avec l’une de mes jeunes tantes mon plaisir fut dans un premier temps étouffé.
Par chance je la retrouvai quelques années plus tard magistrale, veuve et tueuse dans un film de Truffaut. Je décidai alors de l’aimer pour la vie.
Pour l’instant je tiens parole. J’attends qu’elle me déçoive.
Heureusement tout de même que je ne lui avais pas promis l’exclusivité.

Ras la seringue…

aquarelle portraits le havre soluto

 

J’ai commis ce sticker il y a trente ans. J’étais jeune…
Une amie vient de me le renvoyer, je ne l’avais pas oublié. Nous avions à cette époque la gauche vendue et Rocard en ligne de mire. Force est de constater que tout n’a fait qu’empirer, que la santé décline, que la précarité n’émeut personne, que les politicards de tous poils ne se donnent même plus l’apparence de la vertu.
Ma fibre militante, déjà bien lâche à cette époque, ne vibre plus. Je me méfie de mon prochain, de tous ces pauvres qui feraient des riches exécrables, de tous ces assoiffés de vengeances qui ne se remettent pas de tant de maltraitance quotidienne et qui tourneraient allègrement tortionnaires si on leur confiait les manettes. Perplexité donc à l’égard de tous ces privés de paroles qui ne professent que des conneries à longueur de sondage ou de micro-trottoir, qui jouent au loto sportif, qui rêvent à Disneyland et qui se rendent au musée en troupeau parce qu’on a transformé la culture en produit culturel bien emballé. Je vis à l’abri des apôtres du vivre ensemble et du sympa.
Je n’aime pas les gens.

Mais toi, là, qui me lis, toi avec qui je passerais bien un moment si la vie se comportait mieux (ML), toi tout seul privé de tes poteaux, avec tes problèmes d’homme et de mélancolie (LF), ben tu vois, je pourrais rire et pleurer avec toi, batailler et débattre jusqu’à te donner raison sans me sentir flouer, t’écouter et te soigner jusqu’au bout. Je pourrais même, si ça se présentait bien, mieux me bouger les miches pour toi que pour moi-même.

Et ne me remercie pas.
Ce n’est pas drôle de vieillir…

Quand le bonheur en passant vous fait signe et s’arrête….

peinture huile le havre soluto

Ces bandeaux sont la rencontre de dessins épars, automatiques, trouvés dans mes carnets, et de bouts de textes (extraits de notes, de courriers, de journaux personnels). Pour l’instant je n’ai encore rien écrit, ou dessiné, « exprès ». Je ne me l’interdis pas. Un jour peut-être… Mais c’est pour l’instant le fortuit qui m’intéresse, le côté cadavre exquis sur deux niveaux.

Si la mise en couleur est numérique, la mise en disponibilité, en valeur, et en jambe sont on ne peut plus analogiques et aléatoires.

Sa vie de débouleuse…

portrait soluto croquis crayonHuile sur toile. 30 x 40 cm. 2015

Et pendant qu’elle posait pour les photos, les croquis rapides, elle causait, me racontait sa vie de débouleuse.
Elle connaissait tous les bars du Havre, les changements de patrons, les profils de clientèles selon les heures de la nuit, les coins à footeux, les karaokés, les rades d’étudiants. Maintenant elle en avait sa claque des virées, des soirées caniveaux, des retours beurrées, « en taxis les bons jours, pédibus le plus souvent », des lendemains cramés jusqu’à midi. Elle était lasse des patins chargés et des tripotages, des pipes au latex dans les voitures garées en vrac sur les parkings sauvages près des boites de la rue des Magasins Généraux. « Les capotes c’est pas seulement pour les maladies, c’est aussi pour les odeurs… ». Même les grimpettes express à l’hôtel F1 de Gonfreville l’Orcher avaient perdu leur parfum d’aventure. Elles présentaient l’avantage, une fois le coup tiré, de pouvoir garder la chambre. C’était le bénéfice secondaire, la garantie de ronfler sur place, seule. « Parce que les mecs, une fois dégorgé, on les retient pas longtemps… »
Une nuit, dans le fameux hôtel, après l’avoir prise, un gars l’avait cogné sans raison. Juste un coup de poing, à froid. Il lui avait fendu l’arcade. Courte cicatrice en zigzag, le fond du sillon mauve. « Tiens, regarde-moi le boulot de l’interne de garde qui m’a salopée aux urgences ! » Elle avait eu la moitié de la tronche noire et jaune pendant quinze jours. La plainte n’avait rien donnée, pourtant le mec avait payé la piaule avec sa carte bleue, les flics auraient pu le retrouver facilement. Elle avait laissé tomber. « Un coup de poisse, on peut pas tirer des généralités ». Elle multipliait les efforts, essayait tous ceux qui ne la répugnaient pas dans l’espoir de lever le bon. « Un mec qui bosse, pas un feignant… » Elle avait tâté des sites de rencontres mais elle préférait le bruit, la musique, les ambiances moites. « Rien ne vaut le terrain, on est plus vite fixée… »
Elle voulait, comme les autres femmes, un homme à elle. Pour l’aimer, l’admirer, le montrer. Pour le taquiner aussi, le fâcher, le réformer et l’obliger à céder à ses petites envies. Dans son monde idéal elle rêvait de le nourrir, de le gâter, de lui offrir des cravates, d’acheter ses caleçons, de surveiller sa ligne et de vouloir son bien.
Sa vraie vie, sans une moitié à torturer amoureusement, tardait à décoller.
Et puis, surtout, à vingt-trois ans, elle prétendait qu’il était grand temps d’avoir un enfant.