Archives pour la catégorie Portraits d’artistes et d’écrivains

Quelques pages Blanche entre Noël et le jour de l’an…

C’est Cioran sur les planches, en robe bleue, puissante, fragile et désirable. Aujourd’hui tout le monde l’aime ; on lui reprochera demain sa lucidité. On ne lui pardonnera pas de serrer d’aussi près la condition de l’homme, de convoquer des rires irrépressibles en rappelant implacablement sa solitude et sa finitude. Les petits rigolos de service et les woki-comiques n’ont qu’à bien (mieux) se tenir. C’est de l’humour à coups de marteau et une certaine idée de la grande santé.
Avec elle rions aussi en attendant la mort.
Bonnes fêtes à tous.

Blanche Gardin, acrylique, acrylic, dos, peinture, lunettes, dessin, soluto, lavis, auteur, roman
Blanche Gardin
Crayon, 20 cm x 15 cm, Décembre 2021

 

Blanche Gardin, dessin, soluto, lavis, auteur, roman
Crayon, 20 cm x 15 cm, Décembre 2021

Portrait d’écrivain : Alphonse Boudard…

Alphonse Boudard, encre de chine, dessin, soluto, lavis, auteur, roman
Lavis d’encre de chine et fusain, 21 cm x 29,7 cm, août 2021

Alphonse Boudard (1925-2000) est un auteur rigolo et logorrhéique.
Toute son œuvre sent le vécu, le crachat sanglant, la guerre absurde, l’abominable vie en collectivité, l’hospice, le sana, le foutre, le cachot et la démerde.
Son regard croque, sa plume gratte, pourtant rien ne frotte. Tout est fluide, troussé, captivant. Des tordus, des branques, des fourgues, des brutaux, des cavettes et des escrocs défilent sans jamais lasser. Tous ont un air de vérité incontestable qui dépasse le pittoresque et la caricature.
Parfois la nostalgie s’en mêle. Alors il devient poignant, pudique, redoutable de sobriété. On pense aux belles pages de Mourir d’enfance, quand il évoque sa mère, ou à Mariette, nouvelle qu’on peut lire dans Les enfants de cœur.
On ne trouvera pas dans ses pages de héros ni de salauds essentiels, pas d’autoflagellation ni d’excuses, mais des circonstances, une verve et le fameux désespoir poli qui fait rire.
Ses livres autobiographiques sont les plus beaux.

Portrait d’écrivain : Guillaume Apollinaire…

Alcools, ¨Poèmes à Lou, Guillaume Apollinaire, encre de chine, dessin, soluto, lavis, auteure, poesie
Encre de chine et fusain, 21 cm x 29,7 cm, août 2021

« Une arme ô ma tête inquiète
J’agite un feuillage défleuri
Pour écarter l’haleine tiède
Qu’exhalent contre mes grands cris
Vos terribles bouches muettes »

Guillaume Apollinaire – Extrait d’Alcools

C’est à cause de lui que ma fille s’appelle Lou.

Portrait d’écrivain : Colette…

les vrilles de la vigne, Sido, Colette, acrylique, encre de chine, dessin, soluto, lavis, auteure, poesie
Encre de chine sur papier préparé, 21 cm x 29,7 cm, août 2021

Comme le rossignol de la nouvelle qui manqua de mourir ficelé dans les vrilles de la vigne je me suis laissé attraper par la ligne tournée et chantante, sensuelle et raffinée de Colette. J’avais seize ans, j’étais mal dessalé et mon innocence, sans être crasse, trouvait à se désagréger dans ses pages.
Depuis elle ne me laisse pas tranquille toute une année. Arrivent toujours ces heures blanches, que je cherche à rehausser, où mon doigt indécis, courant sur les rayons de mes étagères, la déniche, la soulève et l’emporte.
Elle s’ouvre aux bonnes feuilles, sa féminité m’envahit et les pages prennent une odeur de peau, de blé haché ou de bête têtue.
Voluptueuse et cruelle, incisive ou languissante, elle a la puissance des entêtantes dont on s’éprend éperdument.
Je m’en méfie aussi un peu.

Portrait d’écrivain : Francis Ponge (1899-1988)…

Le parti pris des choses,la rage de l'expression, Francis Ponge, encre de chine, dessin, soluto, lavis, poesie
Crayons de couleur, 21 cm x 29,7 cm, août 2021

On doit aimer Francis Ponge d’un amour posé et précautionneux. Ses écrits sont d’une texture si fragile, quoique le tissage en soit très serré, que la précipitation nuirait à leur bonne lecture. Un empressé verrait de la reprise où il faut voir de la variation, de l’obsession, du mouvement et une traque farouche de l’illusion d’optique.
Ses sujets de prédilections sont les objets. Il écrit sur le motif. Par lui décrits on les croirait peints, ou sculptés, et leur matérialité en est augmentée – chose qu’on pensait impossible. On les goûte, on les touche, on les voit, on les sent. Leur singularité devient extrême.
C’est un poète engagé qui dédaigne les nues, la Femme, l’aube, le couchant et le sentiment, ces lieux communs du versificateur, pour leur préférer la sensation, le mot, sa forme et ses vertus d’outils.
Il aimait Braque, Fautrier mais aussi, inexplicablement, Émile Picq qui n’est pas un bon dessinateur.
Il n’est jamais drôle, comme souvent ceux qui sont passés par le surréalisme. D’ailleurs, s’il a admirablement cerné son sujet dans « Le Savon », force est de constater qu’il n’a pas réussi à coincer la bulle.

Portrait d’écrivain, Gustave Flaubert…

Madame Bovary, Gustave, Flaubert, Idées reçues, Gustave Flaubert, encre de chine, dessin, soluto, lavis, roman noir
Aquarelle, 21 cm x 29,7 cm, août 2021

Portrait d’écrivain, Gustave Flaubert.

Extrait du dictionnaire des idées reçues
Flaubert
S’extasier. Dire qu’il a inventé le roman moderne. L’évoquer élève significativement toute conversation littéraire. Rappeler que c’était un bœuf ou un sanguin. Pour paraitre fin on doit louer son humour et le voir partout. Proclamer : Nabilla Benattia est une Bovary. Voir en tout scientiste télévisuel un Monsieur Homais. On prendra pitié de ceux qui ne l’apprécient pas.

Portrait d’écrivain, James Hadley Chase…

hard-boiled, James Hadley Chase, encre de chine, dessin, soluto, lavis, roman noir
Encres de Chine sur papier, 21 cm x 15 cm, août 2021

« Je suis un écrivain commercial. J’écris pour de l’argent ma chère ».
Voilà ce qu’affirmait James Hadley Chase dans une interview de 1969 alors qu’il signait son dernier ouvrage dans un supermarché français sous l’œil attendri de ménagères de moins de cinquante ans qui en paraissaient dix de plus. Imagine-t-on Marc, Guillaume ou Amélie, qui s’adressent aux mêmes, la jouer aussi cash ? Iraient-ils, eux, vendre leurs paquets de mots au bout de la gondole, dans le voisinage des petits pois ou des couche-culotte ? Sans doute pas. L’élégante désinvolture du vieux James, en tous lieux, ne saurait convenir à tout le monde.
De J.H.C il ne me reste presque plus rien. Des impressions, des scènes d’actions drôlement troussées, des twists improbables, des flics véreux, des politicards obèses, des types aux mentons carrés et des femmes fatales. Tout le monde, en ce temps-là, était en parfaite adéquation avec son genre. La testostérone suintait des pages et les femmes qui ne consentaient pas dans un chapitre finissaient par mollir et s’abandonner dans celui d’après – quand ce n’était pas dans le paragraphe suivant. Elles avaient la gâchette sensible, des bas de soie, des lèvres ourlées et ressemblaient toutes, dans mon imagination, à Jeanne Moreau (celle de Losey, d’Antonioni) ou à Stéphane Audran (celle de Chabrol, exclusivement) revues par Robert Mac Ginnis ou Renato Fratini.
Il eut été plus chic, dans le genre hard-boiled, que je me cognasse tout Hammett ou Chandler. J’eus eu pour moi l’alibi culturel. Mais je lorgnais plutôt vers Chase ou Westlake que je trouvais plus marrants. La facilité, déjà.
J’ai dévoré ses livres comme il les écrivait, par crise, à la queue leu leu. Je les ai vu passer à très vive allure, comme des wagons. Normal, me dira-t-on, pour de la littérature de gare. Les derniers lus, d’ailleurs, je me le rappelle maintenant, c’était sur un pliant de camping au mois d’août 1983, à côté des aiguillages manuels qui longeaient les rails de la gare de marchandises de Pont-Audemer.
Cet été-là je rentrais deux trains le matin et un le soir. J’étais cheminot sur un malentendu.
Par chance on m’a viré.
Et, sans qu’il n’y ait aucun lien de causalité, je n’ai plus jamais lu Chase.