Archives pour la catégorie Scènes de la vie moderne…

Scène de la vie moderne n°28…

Il se rapprochait de moi en s’agrippant à la barre de cuivre du zinc. Bientôt nous serions coude à coude. Il louchait maintenant sur mes cacahouètes. C’était un de ces humiliés chroniques qui ne savent pas se taire. Et ça n’a pas manqué, il a dit tout de go en regardant les bouteilles de l’autre côté du bar, à mon adresse mais comme pour lui-même : « Une vie passée à vendre des milliers d’hectolitres de revêtement mural aux propriétés ignifugeantes pour rembourser une maison branlante, où vous avez logé une femme à demie effrayée par tout ce qui bouge, est une vie mal barrée. Ça ne doit plus durer. Il faut rompre cet engrenage, casser la chaîne des causalités, reprendre la main et cesser cette comédie en beauté… » Puis il s’est tourné vers moi avec un sourire inquiétant… « C’est pas vrai ? » qu’il a dit en levant le menton… Je n’ai rien répondu, trop occupé que j’étais à chercher une contenance, mais c’était déjà trop tard. Une demi-heure plus tard j’en savais trop et nous regardions ensemble sur son téléphone portable les photos de sa femme, de sa fille, de sa  maison et de sa maîtresse, gironde, qui venait de le quitter…

Scène de la vie moderne n°25

Comment? ni riche, ni coquette, ni amoureuse? Ce n’est pas tout cela qu’il te faut, hein? Mais lascive, grasse, avec une voix rauque, la chevelure couleur de feu et des chairs rebondissantes. Préfères-tu un corps froid comme la peau des serpents, ou bien de grands yeux noirs, plus sombres que les cavernes mystiques? Regarde-les, mes yeux! Antoine, malgré lui, les regarde. Toutes celles que tu as rencontrées, depuis la fille des carrefours chantant sous sa lanterne jusqu’à la patricienne effeuillant des roses du haut de sa litière, toutes les formes entrevues, toutes les imaginations de ton désir, demande-les! Je ne suis pas une femme, je suis un monde. Mes vêtements n’ont qu’à tomber, et tu découvriras sur ma personne une succession de mystères! Antoine claque des dents. Si tu posais ton doigt sur mon épaule, ce serait comme une traînée de feu dans tes veines. La possession de la moindre place de mon corps t’emplira d’une joie plus véhémente que la conquête d’un empire. Avance tes lèvres! mes baisers ont le goût d’un fruit qui se fondrait dans ton coeur! Ah! comme tu vas te perdre sous mes cheveux, humer ma poitrine, t’ébahir de mes membres, et brûlé par mes prunelles, entre mes bras, dans un tourbillon… Flaubert
La tentation de saint Antoine

Scène de la vie moderne n°24

Quand je me suis réveillé, je n’étais plus le même homme. Mes pensées savonnaient, bavaient l’une sur l’autre, tout était confus, un peu étrange et la journée de la veille n’avait plus vraiment de réalité. Ça m’a rappelé ces années où je prenais des saloperies, où le monde virait à la faveur d’une impression, d’une émotion, d’une angoisse et où plus rien n’était stable, ni les formes, ni les couleurs, ni mon corps qui savait si bien m’inventer mes peines et mes délices…

Scène de la vie moderne n°22

L’air était à bout de souffle et la poussière scintillante, soulevée par leurs pas, resta suspendue. Ils étaient là, délicieusement pris dans la lumière de l’été sans savoir s’ils avançaient ou reculaient. Le sens de l’éternité, par distraction, venait de les investir. Ils étaient délivrés…

Les éditions des Rêveurs m’informent que le livre « Vies à la ligne«  est disponible ici et

Scène de la vie moderne n°21

Allez, on rentre. Tu sais ce qui me ferait plaisir ma jolie Marthe ? Un coup de cidre et des rillettes sur du pain bis… Je te ferai ta tartine, on regardera les photos des enfants, je te raconterai les nouvelles du quartier… Et après on fera ta toilette… Avec la grosse éponge qui mousse… Je te frotterai le dos doucement en te chantant le petit bal perdu. Faudra pas crier hein… Tu choisiras une belle robe, on enfilera les chaussettes qui serrent pas et  je te mettrai ton galet dans ta poche… Comme ça tu pourras le serrer très fort pendant toute la route du retour… Et cette fois l’infirmière ne te le prendra plus. Elle a bien compris va ! On n’arrache pas des mains les cailloux blancs des vieilles femmes qui se perdent… De toute façon, te fais pas de bile… Je t’appellerai tous les deux jours et je reviendrai te chercher samedi prochain… T’en fais pas, ils sont pas près de nous avoir…

Scène de la vie moderne n°19

Encore un mot dear working girl, ce n’est pas le temps qui doit nous commander ! Quand il nous échappe il faut le rappeler à l’ordre ! S’il ne se donne plus, il faut le prendre ! La preuve, vous prenez bien le temps de ne rien faire (je n’imaginais pas que ce genre d’inactivité soit dans vos cordes …) Trouvons-en pour nous, que je me penche un peu sur vous…