Ailleurs je perds mon temps…

portrait soluto huile peinture

Huile sur toile 24 cm x 30 cm

Quand je comprends qu’il est bien tard, que les années qu’il me reste n’en finiront plus de se jeter sur moi pour mieux m’éviter, que je sens les regrets sédimenter au fond de mon cœur, je ne suis bien que là, arrimé à ma chaise, sur mon tapis de bambou, à distance de mon chevalet d’un demi bras.
Cinq litres de white spirit en bidon sous la main gauche, mes couleurs dans leurs bacs sous la droite, l’essence et l’huile dans leurs godets, les pinceaux en bouquet dans leurs pots, le front sous la lampe et ma palette chargée sur mes genoux j’attends.
Je me débarrasse du monde comme il se débarrasse de moi.
C’est un processus, pas même une fiction.
L’impensé, à coups de lignes et de masses, s’ordonne, trouve sa cohérence, se dévoile. C’est un mouvement inquiet qui cherche son apaisement par un saisissement. Je ne veux rien sinon glisser hors de moi, guidé confusément par la vibration des couleurs, par l’ivresse d’un geste délié, d’un trait retenu. Je suis dans la pâte que j’écrase sur la trame de la toile, dans la soie du pinceau, dans la main qui porte mon désir, dans l’image qui émerge.
Je me plais là, infiniment paisible, en retrait des pensées, à camper à l’abri des mots, baigné dans la sensation intense d’être au bon endroit, au bon moment.
Ailleurs je perds mon temps.

Voeux 2023 (qui ressemblent étrangement à ceux de 2017…)

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Mes bons amis,

Cette année 2023 ne sera ni pire, ni meilleure que les précédentes.

Elle charriera son lot de malheurs et de joies mesquines. Nous frémirons de plaisir un jour pour mieux nous morfondre le lendemain. Les circonstances nous bringuebaleront, nous nous convaincrons d’être responsable de nos réussites, tous nos échecs seront la faute à pas de chance, à l’adversité, aux cons qui ne manquent pas et surtout à la réalité qui ne se conforme jamais de bonne grâce à nos désirs.

Des volcans vont péter, des tsunamis vont engloutir, des maladies vont décimer, des petits enfants en Afrique continueront d’être échangés contre du bétail pour aller travailler dans des mines.

Chez nous, sachons nous recentrer, les chauffeurs d’opinions, pour tromper leur ennui, attiseront des rancœurs. Ils débusqueront des scandales et exciteront les bas instincts des naïfs qui pensent de traviole. Le tweet meurtrier et le post définitif n’ont pas fini de sévir. La langue vipérine sera maniée, parfois avec talent, pour que nous avalions mieux les couleuvres.

Les meutes y trouveront leur content. Elles se griseront au bashing, à la louange imbécile. Grondements et jubilations seront garantis derrière les écrans. La vérité sera validée par l’audimat et la raison du plus fort se comptera en millions de vues sur YouTube.

Des oiseaux de mauvais augure passeront tout au hachoir de la désespérance et des ravis de la crèche sèmeront de l’espoir en confetti à pleines poignées. On gobera des foutaises. On s’en remettra toujours, à coups d’illusions, de drogues, de coups tirés, d’excès de travail ou de flemme, de carte bleue…

Parfois nous nous apercevrons dans les miroirs. Nous penserons à nos amours, à nos morts, à nos enfants et, sans trop y croire, aux jours où nous ne serons plus.

Les vœux 2023, à part faire coucou aux poteaux, n’ont aucun intérêt.

Plutôt que de vous laisser malmener par les circonstances, ou berner par la propagande, prenez plutôt de bonnes résolutions : promettez-vous de venir sur mon fil, mon blog, mon site, mes pages.

Au moins pourrez-vous vous y régénérer l’œil avec de la peinture fraîche et des dessins diversement troussés !

La bise aux filles, à tout bientôt, donc…


Houellebecq ? Où est le bec ? disent-ils…

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Ça se passe dans une volière, sous des sunlights, les coudes sur le comptoir. Le rêve mauve, épais, avec des grumeaux. Un enchainement d’absurdités sur un air de raison, la descente tout schuss des pistes verglacées du paralogique.

Ça caquette, ça croasse, ça pousse des cris d’Onfray. De drôles d’oiseaux, vraiment, tous bien obsédés. Des rengaines marmonnées, des scies de pisse-vinaigres. C’est la parade des ailes rabougries, des yeux morts, de la griffe ébréchée, de la gamberge bancroche et acidifiée. Ils volent bas, dans les décharges de la pensée, et pérorent avec les rats.

Certains se sont perdus, j’en entends qui disent : « Où est le bec ? Où est le bec ? »

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crayon hb
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crayon 3b
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Crayon 3b + 6b
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Crayon 6b

Ado je n’aimais pas Choron…

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21 cm cm x 29,7 cm. Octobre 2022.

Ado je n’aimais pas Choron.
Je ne voyais pas ce qu’on lui trouvait.
Hâbleur, brutal, l’invective floue et confuse, toujours bourré quand on l’apercevait à la télé et trop centré sur sa bite qu’il dégainait, disait-il, au bout de la troisième coupe… Vraiment, quel drôle de zig.
L’engagé volontaire en Indochine, tondu, aux polos mous et au fume-Pall-Mall avait une silhouette mais je ne lui reconnaissais pas de talents. Ses fiches bricolages ne m’amusaient pas vraiment, ses rares billets non plus. Je voulais bien croire qu’il fût un animateur de bouclage enthousiasmant, un meneur d’hommes (un adjudant, quoi) déterminé, un remonte-pente galvanisant mais je m’en fichais bien. De là où j’en étais, avec mes convictions antimilitaristes, ma vue basse et les préjugés sourdement staliniens instillés par quelques professeurs confortablement blottis dans les plis d’un mammouth laineux pas encore dégraissé il m’avait tout l’air de l’oncle alcoolique et pugnace qui a le vin mauvais. A contourner. Je sautais la page.
Il n’aimait pas les adolescents et le leur faisait savoir. Son peu d’efforts pour être aimable, une vertu à mes yeux maintenant, me consternait à l’époque. Nous avions tout pour nous déplaire.

Des décennies ont passé, je n’ai plus besoin qu’on me séduise et j’entends mieux, dans la cacophonie des provocations, ce qui relève du noyau dur d’un individu.
Dans une interview on l’entend se défendre vivement de la prétendue tendresse dont veut le barbouiller l’animateur :
« Je refuse tous ces termes de tendresse et d’amitié, et d’amour, et toutes ces conneries-là qu’on veut vous accrocher comme des casseroles ! » Avant que l’autre ne reprenne son souffle il ajoute, laconique : « Je suis un vivant : j’aime ce qui est bon, boire, baiser et c’est pas mal déjà ». Sourire malicieux.
L’entretien roule.
A propos des hommes politiques il dit : « Tous les humains sont des salauds, et y en a jamais un qui dit qu’avec tous ces défauts-là, l’ambition, l’avarice, la jalousie, il faut faire une société »
L’interrogatoire se précise. On veut savoir de quel côté penche le malotru. Réponse : « La gauche est chrétienne, elle a deux mille années de crasse dans la tête. C’est la solidarité, le bonheur, des conneries comme ça qu’existent pas… » quant à « La droite c’est la morale, c’est Hara-Kiri et Choron qu’on brûle sur un tas de fagots comme Jeanne D’arc » Il conclut en ricanant : « Ta vie tu te démerdes et tu te la mènes dans n’importe quel régime, et pis c’est tout… »
Ces quelques phrases attrapées au vol, si bien incarnées, ne révèlent sûrement pas un penseur profond mais elles m’ont immédiatement réconcilié avec ce filou à qui je n’aurais pas confié ma nièce pour la soirée.
Savoir que le pire est probable, que ce n’est pas grave pour autant, que rien n’est sérieux et qu’on peut mourir par paresse sont des assertions roboratives qu’on s’emploie à refouler tant la vie, souvent, est ennuyeuse.
Rien de neuf sous le soleil, donc, mais Choron et ses beaux journaux avaient trouvé une façon inédite de le dire.