Les femmes — je ne parle pas des reines qui nous occupent — c’est souvent cumulo-nimbus, ça passent. On les idéalise, les colle derrière la vitre du sentiment où elles prennent des couleurs irisées, illusoires et changeantes… Certaines, effectivement, se font passer pour des cathédrales où l’on entre pieusement. Au moins, jetées sur la toile, on peut s’en venger, brosses à l’appui. Dans la vraie vie on commence par les détails, on note ceci, cela, on rit d’un trait d’humour, l’éclat d’un raisonnement, on goûte l’inflexion d’une nuque, le mouvement d’une hanche, la rondeur d’un mollet. Et on finit par le gros œuvre, la vision d’ensemble. On se rend compte alors que la baraque ne tenait debout que par le papier peint collé au mur. Face au chevalet, c’est tout le contraire. La peinture est précédé, pourtant, des mêmes illusions : on y amène ce qu’on veut bien. Le fusain, au début, est toujours docile. Mais ensuite on peut les attaquer en masses, en volumes. On les modèle à volonté. Et si elles sont décevantes, qu’elles ne prennent pas la lumière, qu’elles sont bancroches, nous ne le devons qu’à nous-mêmes. Enfin, quand elles nous fatiguent, qu’on en a marre de les voir en peinture, on peut facilement les mettre au coin, les retourner contre les murs. Certains individus louches ou esthètes, même, passant par l’atelier, ont le bon goût de nous en débarrasser! De nous payer pour repartir avec, mal emballées, sous le coude… Bien à vous Françoise…
Bien sûr cher Alf. Toutes les toiles sont des autoportraits. Disons juste que pour ne pas lasser nous faisons mine de nous déguiser… Le meilleur pour vous…
Pfff… Meuh non… Les hommes ? Les hommes — pas les princes bien sûr — c’est bien pire. Je les connais un peu (parfois même je m’examine — pas trop longtemps, ça fout la trouille). Je constate qu’ils sont encore plus terribles. L’illusion ne dure pas plus longtemps que chez les femmes mais vers la fin elle manque de grâce (cette grâce que les femmes, celles des grandes passions, savent maintenir jusqu’au bout de… l’état de grâce). Quand on les approche, qu’on les débarbouille de leurs parades, de leurs fanfaronnades, qu’on les voit tels qu’ils sont, non tels qu’on voudrait les voir, que leurs phallus, leurs attributs de pouvoir, se dégonflent, on constate vite qu’ils ne s’appartiennent pas. Ils sont les jouets de leur vanité, de leurs peurs, de leurs angoisses de castration (ainsi que de leurs mères, de leur patron, de l’air du temps, de l’art de tailler leur barbe et de choisir leur téléphone).
Ils sont lâches, ne savent pas dire non, se laissent engrainé dans les pires galères (c’est pour ça qu’on les envoie à la guerre, les femmes, elles, ne l’accepteraient jamais ! Elles se contentent de pousser au crime) Quand même, allez-vous rétorquer, sont-ils tous comme ça ? Presque, oui ! Sinon en acte du moins en esprit. Les plus sages ne le sont que par faiblesse, par calcul… Et je relis Flaubert, et je relis Céline, et Bukowski, et Boudard, Zola, Racine, Molière (que des mecs) et je crois qu’ils me donnent tous raison.
Bien sûr il y a les princes, et quelques uns, plus sympathiques, qui n’ont pas l’indécence d’en faire accroire… Non, décidément, même si elles ne valent pas tripette, je préfère la compagnie des drôlesses, des menteuses, des séductrices, des moches, des trop belles pour moi, des femmes quoi… Je vous embrasse Sylvie, et suis bien content que vous soyez passée par ici… (Sur ce je m’en vais visionner un épisode de Making a murderer, que je vous recommande…)
Je ne sais pas si ce que j’ai préféré, c’est votre chantier de peinture aux formes délicieuses, ou bien vos deux paragraphes d’anthologie concernant les femmes et les hommes.
Non je ne parviens pas à choisir…
Mais ce qui me surprend le plus, c’est que vous regardiez Making a Murderer.
Ça c’est proprement inouï.
Bien à vous, cher ami
¸¸.•*¨*• ☆
Oui, Célestine, j’aime les faits-divers pour ce qu’ils disent de notre humanité, de notre fragilité, de notre hargne, notre haine, nos mauvaises passions. Ils fonctionnent comme des actes manqués et nous révèlent mieux que les plus savantes théories. Cette série, de surcroit, nous montre à quel point le réel est insaisissable et la vérité rétive. Merci de votre passage, c’est toujours un plaisir…
Instructif ! on sent qu’il y a du métier.
Merci cher Luc ! Et belle année à vous, bien productive surtout…
Femme nuages
Femme vitrail, arc ange, arc en ciel,
Femme atelier,
Femme chantier monumental…
Bien à vous.
Françoise.
Les femmes — je ne parle pas des reines qui nous occupent — c’est souvent cumulo-nimbus, ça passent. On les idéalise, les colle derrière la vitre du sentiment où elles prennent des couleurs irisées, illusoires et changeantes… Certaines, effectivement, se font passer pour des cathédrales où l’on entre pieusement. Au moins, jetées sur la toile, on peut s’en venger, brosses à l’appui. Dans la vraie vie on commence par les détails, on note ceci, cela, on rit d’un trait d’humour, l’éclat d’un raisonnement, on goûte l’inflexion d’une nuque, le mouvement d’une hanche, la rondeur d’un mollet. Et on finit par le gros œuvre, la vision d’ensemble. On se rend compte alors que la baraque ne tenait debout que par le papier peint collé au mur. Face au chevalet, c’est tout le contraire. La peinture est précédé, pourtant, des mêmes illusions : on y amène ce qu’on veut bien. Le fusain, au début, est toujours docile. Mais ensuite on peut les attaquer en masses, en volumes. On les modèle à volonté. Et si elles sont décevantes, qu’elles ne prennent pas la lumière, qu’elles sont bancroches, nous ne le devons qu’à nous-mêmes. Enfin, quand elles nous fatiguent, qu’on en a marre de les voir en peinture, on peut facilement les mettre au coin, les retourner contre les murs. Certains individus louches ou esthètes, même, passant par l’atelier, ont le bon goût de nous en débarrasser! De nous payer pour repartir avec, mal emballées, sous le coude… Bien à vous Françoise…
Cher Soluto, il s’agit bien d’un autoportrait n’est-ce-pas ?
Bien sûr cher Alf. Toutes les toiles sont des autoportraits. Disons juste que pour ne pas lasser nous faisons mine de nous déguiser… Le meilleur pour vous…
Cher Soluto,
Je me disais, je crois bien qu’il en va de même des hommes.
Je vous embrasse
Sylvie
Pfff… Meuh non… Les hommes ? Les hommes — pas les princes bien sûr — c’est bien pire. Je les connais un peu (parfois même je m’examine — pas trop longtemps, ça fout la trouille). Je constate qu’ils sont encore plus terribles. L’illusion ne dure pas plus longtemps que chez les femmes mais vers la fin elle manque de grâce (cette grâce que les femmes, celles des grandes passions, savent maintenir jusqu’au bout de… l’état de grâce). Quand on les approche, qu’on les débarbouille de leurs parades, de leurs fanfaronnades, qu’on les voit tels qu’ils sont, non tels qu’on voudrait les voir, que leurs phallus, leurs attributs de pouvoir, se dégonflent, on constate vite qu’ils ne s’appartiennent pas. Ils sont les jouets de leur vanité, de leurs peurs, de leurs angoisses de castration (ainsi que de leurs mères, de leur patron, de l’air du temps, de l’art de tailler leur barbe et de choisir leur téléphone).
Ils sont lâches, ne savent pas dire non, se laissent engrainé dans les pires galères (c’est pour ça qu’on les envoie à la guerre, les femmes, elles, ne l’accepteraient jamais ! Elles se contentent de pousser au crime) Quand même, allez-vous rétorquer, sont-ils tous comme ça ? Presque, oui ! Sinon en acte du moins en esprit. Les plus sages ne le sont que par faiblesse, par calcul… Et je relis Flaubert, et je relis Céline, et Bukowski, et Boudard, Zola, Racine, Molière (que des mecs) et je crois qu’ils me donnent tous raison.
Bien sûr il y a les princes, et quelques uns, plus sympathiques, qui n’ont pas l’indécence d’en faire accroire… Non, décidément, même si elles ne valent pas tripette, je préfère la compagnie des drôlesses, des menteuses, des séductrices, des moches, des trop belles pour moi, des femmes quoi… Je vous embrasse Sylvie, et suis bien content que vous soyez passée par ici… (Sur ce je m’en vais visionner un épisode de Making a murderer, que je vous recommande…)
Cher Soluto,
C’est bien normal… chacun défend sa réserve de fantasmes ! Manquerait plus qu’on désespère d’eux !
Je ne sais pas si ce que j’ai préféré, c’est votre chantier de peinture aux formes délicieuses, ou bien vos deux paragraphes d’anthologie concernant les femmes et les hommes.
Non je ne parviens pas à choisir…
Mais ce qui me surprend le plus, c’est que vous regardiez Making a Murderer.
Ça c’est proprement inouï.
Bien à vous, cher ami
¸¸.•*¨*• ☆
Oui, Célestine, j’aime les faits-divers pour ce qu’ils disent de notre humanité, de notre fragilité, de notre hargne, notre haine, nos mauvaises passions. Ils fonctionnent comme des actes manqués et nous révèlent mieux que les plus savantes théories. Cette série, de surcroit, nous montre à quel point le réel est insaisissable et la vérité rétive. Merci de votre passage, c’est toujours un plaisir…